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Neurophysiologie et Neuropsychologie :

conséquences pour la thérapie comportementale, cognitive et émotionnelle

Caractéristiques du système amygdalien


Le système amygdalien présente des caractéristiques qui le distinguent du système hippocampique et des zones corticales supérieures.


1. Le système amygdalien est inconscient : les réactions émotionnelles peuvent se constituer dans l'amygdale sans aucun enregistrement conscient des stimuli. Les émotions peuvent exister sans les cognitions.


2. Le système amygdalien est plus rapide : un signal de danger va che­miner, depuis le thalamus, à la fois vers l'amygdale et le cortex, mais le signal atteindra l'amygdale plus rapidement que le cortex, si bien que l'amygdale aura déjà eu le temps de déclencher sa réponse au danger. Les émotions peuvent appa­raître avant les cognitions.


3. Le système amygdalien est automatique : lorsque l'amygdale estime qu'il y a un danger, les émotions et les réponses physiologiques se produisent automatiquement. En revanche, les structures mises en jeu dans les processus cognitifs ne répondent pas de façon auto­matique ; elles sont caractérisées par la souplesse de leur réponse : lorsqu'on a les cognitions, on a le choix.


4. Les souvenirs émotionnels de l'amygdale semblent être stockés de façon définitive : « les souvenirs inconscients de peur établis via le système amygdalien semblent gravés dans le cerveau de façon indélébile. Ils nous accompagneront probablement notre vie durant » L'absence d'oubli des stimuli dangereux est une règle importante pour la survie. Ces souvenirs résistent à l'extinction.


À l'occasion d'un stress, des peurs que l'on croyait éteintes réap­paraissent souvent de façon spontanée.


L'extinction empêche l'ex­pression des réponses conditionnées de peur, mais elle n'efface pas les souvenirs sous-jacents à ces réponses. « L'extinction met en jeu le contrôle cortical sur les efférences amygdaliennes plutôt qu'un effacement complet des souvenirs de l'amygdale ». C'est pourquoi il est très difficile de guérir complètement d’un schéma.


5. Le système amygdalien est incapable de discrimination fine. Lors de stimuli traumatiques, il suscite des réponses conditionnées de peur. Lorsqu'un souvenir émotionnel est stocké dans l'amygdale, une exposi­tion ultérieure à des stimuli légèrement similaires à ceux présents au cours du traumatisme déclenchera la réaction de peur. Le système amygdalien procure une représentation grossière du monde extérieur, alors que le cortex supérieur fournit des représentations plus détaillées et plus précises. C'est le cortex supérieur qui a la responsabilité, sur la base d'une évaluation cognitive, de réprimer les réponses. L'amygdale suscite des réponses, mais elle est incapable de les inhiber.


6. Le système amygdalien est antérieur, sur le plan évolutif, au cortex supérieur. Lorsqu'un individu est confronté à une menace, l'amyg­dale déclenche une réaction de peur qui a très peu varié au cours de l'évolution depuis les espèces animales inférieures. L'hippo­campe est également une partie très ancienne du cerveau, mais il est connecté au néocortex, lequel contient les structures corticales les plus évoluées.


Conséquences pour le modèle de la thérapie comportementale, cognitive et émotionnelle


Quelles sont les conséquences de ces résultats scientifiques dans le domaine de la thérapie comportementale et cognitive ?


Un Schéma Précoce Inadapté est un ensemble de souvenirs, d'émotions, de sensations physiques et de cognitions qui tournent autour d'un thème infantile tel que l'abandon, la maltraitance, la négligence ou le rejet.


Il est possible de concevoir la neu­robiologie du schéma de la façon suivante :


Les émotions et les sensations corporelles stockées dans le système amygdalien possèdent toutes les caractéristiques citées plus haut. Lorsqu'une personne rencontre des stimuli ressemblant à un événement infantile qui a conduit à l'élaboration du schéma, les émotions et les sensations physiques associées à cet événement sont activées automatiquement par l'amygdale ; si l'individu a une certaine conscience de ces stimuli, les émotions seront acti­vées plus rapidement que les cognitions.


Cette activation des émotions et des sensations corporelles est automatique : elle persistera vraisemblablement tout au long de la vie de la personne, même s'il est possible d'en réduire l'intensité grâce à la TCC-E. Les souvenirs conscients et les cognitions associées au traumatisme sont stockés dans le système hippocampo-cortical.


Le fait que les cognitions et les émotions des expériences traumatiques soient stockées dans différents endroits du cerveau peut expliquer que l'on ne puisse changer les schémas par de simples méthodes cognitives. Les composants cognitifs d'un schéma se développent souvent plus tard, après le stockage des émotions et des sensations corporelles dans le système amygdalien. Beaucoup de schémas se développent à un stade préverbal : ils prennent naissance avant que l'enfant n'ait acquis le langage.


Les sché­mas préverbaux prennent vie alors que l'enfant est si petit que seules sont stockées des émotions et des sensations corporelles. Les cognitions seront ajoutées plus tard, lorsque l'enfant commencera à penser et parler avec des mots. Donc, pour de nombreux schémas, les émotions ont la primauté sur les cognitions.


On voit ici un des rôles du thérapeute et la difficulté pour le patient : aider le patient à mettre des mots sur l'expérience émotionnelle du schéma.


Lorsqu'un Schéma Précoce Inadapté est activé, la personne est envahi par des émotions et des sensations corporelles. Elle ne peut pas établir consciem­ment la relation entre cette expérience émotionnelle et le souvenir origi­nel.


Le deuxième rôle du thérapeute est d'aider le patient à faire le lien entre ses émotions et ses souvenirs d'enfance. Au cœur de chaque schéma, résident des souvenirs, mais ils ne sont habituellement pas clairement conscients, même en tant qu'images. Le thérapeute apporte son aide au patient par des méthodes émotionnelles qui lui permettent de reconstruire ces images.


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