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L’autonomie



Le mot autonomie vient des racines « auto : lui-même » et « nomos : loi », et indique qu'une personne peut se gouverner avec ses propres lois.


Le concept d'autonomie est difficile à cerner totalement puisque le mot est utilisé aussi bien en philosophie qu'en matières de rééducation physique ou de capacité à se soustraire ou non à une substance toxique par exemple.


La philosophie rappelle que l'autonomie est au cœur de la réflexion éthique. C'est ce qui permet de donner un jugement par soi-même en toutes circonstances. Kant rappelle cependant que cette autonomie doit suivre des principes auxquels il ne faut pas déroger : « ne jamais considérer l'autre (personne) comme un moyen, mais comme une fin et ne rien faire qui ne pourrait être l'objet d'une universalisation ».


La réflexion anglo-saxonne a donné au mot autonomie une dimension plus personnelle et moins universelle. Il s'agit plus d'une notion d'autodétermination face aux choix que chacun doit pouvoir obtenir, tant par sa propre raison que par l'octroi de la liberté de choix offerte par la société.


D'autres philosophes contemporains soulignent que cette autonomie doit se vivre en tenant compte du triptyque : le singulier, le particulier et l'universel. Paul Ricœur souligne que ces trois plans doivent être pris en compte « puisqu'être éthique : c'est-à-dire être autonome, c'est accepter et vivre le conflit du bien à faire et du devoir à accomplir dans un monde meilleur, non à attendre, mais à construire. C'est souffrir ce conflit sans repos, jamais réglé, toujours remis sur l'ouvrage », replaçant donc toute action dans une histoire avec ses contradictions présentes, passées et futures.


Dans les religions du Livre, l'autonomie est liée au rapport que l'homme croit avoir avec son Dieu. Dès la Genèse (Premier livre de la Bible) l'autonomie a été donnée à l'homme par la possibilité de choisir de quel arbre il se nourrirait et par la capacité à accepter un certain ordre moral, une certaine limite. Alors même que l'homme avait reçu la plénitude à travers l'arbre de vie et en semblait comblé, la limite était d'accepter de ne pas manger d'un seul arbre appelé arbre de la connaissance du bien et du mal. Dès le début de cette parabole, la lecture montre que les choix sont toujours difficiles à faire, car souvent présentés de manière confuse. Le choix de manger ou non du fruit a été rendu confus par le « serpent » qui intervertit par son langage les deux arbres : l'arbre central de la vie et l'arbre de la connaissance. Cette métaphore souligne depuis plusieurs milliers d'années les conflits perpétuels que tout homme doit gérer entre son désir d'être « individu » et l'acceptation de son interdépendance.


L'Organisation mondiale de la santé évalue l'autonomie non pas tant comme un état spécifique, mais plutôt en fonction d'une perte potentielle qui induirait une dépendance physique, psychique, sociale, culturelle. L'OMS parle de perte d'autonomie sans définir réellement ce qu'est l'autonomie. En 1980, l'OMS distingue les concepts de maladies, de déficience, d'incapacité et de handicap.


La déficience correspond à la perte ou l'altération d'une structure ou d'une fonction anatomique, physiologique, psychologique, intellectuelle, du langage, sensorielle, esthétique, des fonctions viscérales, multiples.


L'incapacité correspond à une réduction de la capacité à effectuer une activité de façon dite normale pour un être humain. Elle est souvent la conséquence d'une déficience. On parle d'incapacité du comportement (orientation temporelle, spatiale), de la communication, liée au soin personnel, à la déambulation, aux activités de la vie quotidienne.


Le handicap est défini comme une complication et un désavantage pour un individu résultant d'une déficience ou d'une incapacité qui limite ou interdit l'accomplissement d'un rôle considéré comme normal pour un être humain (compte tenu de l'âge, du sexe, et des facteurs socioprofessionnels).


Comment évaluer cela chez l'enfant en développement permanent ?


Le concept d'autonomie est donc profondément lié au concept de normalité. Si par esprit simplificateur et pour éviter de se remettre en question, toute personne différente ou dissemblable est désignée comme pathologique, alors, la société devient intransigeante vis-à-vis de tous ceux qui ne correspondent pas aux données normatives. L'enfant en développement, qui est par essence en complète et constante évolution, est alors soumis à une pression normative sociale et psychologique qui ne peut être que délétère à l'épanouissement de ses talents.


D'autant que toutes classifications ou références méthodologiques (qu'elle soit statistique, psychologique, psychométrique, psychanalytique, sociale) ont toujours échoué à donner une définition pertinente, absolue et universelle de la normalité psychologique (appareil et fonctionnement mental).


Le développement est intimement lié à cette recherche de la capacité à pouvoir exprimer et réaliser des actes selon ses propres volontés.


Les définitions du mot autonomie sont nombreuses et il est nécessaire de préciser dans quel domaine on le situe pour ne pas se méprendre, particulièrement quand seront discutées des décisions d'ordre éthique en termes de soin. Mais l'autonomie d'une personne dépend du moment, du lieu ou de l'action envisagés. L'autonomie s'apprend, s'acquiert et dépend toujours de très nombreux facteurs internes à la personne (inné, cognitif, sensoriel, moteur, affectif) et externes.


Une autonomie qui se comprendrait comme la prise de décision d'une personne sans considération de son environnement renvoie à la notion de toute puissance infantile et indique d'abord son mépris de tous ceux qui lui permettent de pouvoir émettre cette décision.




Pascal Patry

Praticien en psychothérapie




Enfance

une personne peut se gouverner avec ses propres lois

l'autonomie a été donnée à l'homme par la possibilité de choisir de quel arbre il se nourrirait et par la capacité à accepter un certain ordre moral, une certaine limite

L'enfant en développement, qui est par essence en complète et constante évolution, est alors soumis à une pression normative sociale et psychologique qui ne peut être que délétère à l'épanouissement de ses talents

Une autonomie qui se comprendrait comme la prise de décision d'une personne sans considération de son environnement renvoie à la notion de toute puissance infantile et indique d'abord son mépris de tous ceux qui lui permettent de pouvoir émettre cette décision