Accueil

La sexualité de l’enfant


Ce que l’on sait de la sexualité de l’enfant


Probablement que le meilleur savoir sur la question repose sur nos propres expériences, mais s’en souvient-on ?


La recherche scientifique en matière de sexualité infantile n’offre que peu de données. Si de nombreux laboratoires étudient la psychologie sociale par exemple, il n’existe pas vraiment de laboratoire d’étude de la sexualité de l’enfant. Ce que l’on sait provient des observations fournies par les parents et les éducateurs. D’autres connaissances proviennent comme je le disais plus haut, de souvenirs d’adultes. Mais ces dernières données sont sujettes à subjectivité et manquent de fiabilité scientifique.


De plus, il ne faut pas oublier que les jeux sexuels se déroulent le plus souvent en secret, ce qui complique leurs observations.


Organiser des entrevues avec des enfants reste difficile et pose plusieurs problèmes. D'une part, le jeune enfant est incapable de s'exprimer clairement, en raison de son vocabulaire encore insuffisant ou parce qu'il comprend mal les questions qu'on lui pose. D'autre part, cette façon de procéder fait l'objet de critiques de nature éthique, car l'idée d'interroger les enfants sur leur sexualité est souvent perçue socialement comme de la perversité. Certains chercheurs craignent même d'être accusés d'immoralité. De façon générale, la littérature psychologique manque de connaissances objectives. La principale conséquence en est que les parents et les éducateurs risquent de prendre certains gestes normaux de leurs enfants pour des comportements pathologiques et s'en inquiéter.


Avec l'arrivée de la psychanalyse au tournant du XXe siècle, Sigmund Freud ébranla le monde scientifique lorsqu'il déclara que l'enfant est un être sexué et sexuel, qu'il pouvait éprouver du plaisir et qu'il était capable de se le procurer par lui-même. Il fut le premier à affirmer que l'intérêt à l'égard de la sexualité et les comportements sexuels apparaissent dès le plus jeune âge et restent présents tout au long de la vie. Freud croyait que la bouche constituait la première source de plaisirs sexuels, puis que les enfants se focalisaient sur l'anus et l'urètre, avant de s'intéresser à leurs organes sexuels.


Article lié : Psychanalyse : le développement psycho-sexuel


Ils considéraient déjà que les expériences sexuelles vécues durant l'enfance préparaient et définissaient les plaisirs sexuels et la réponse sexuelle, de même que le type de relation susceptible de s'établir à l'égard d'autrui au cours de l'adolescence et de l'âge adulte. Sigmund Freud affirmait en outre que la recherche du plaisir constitue la pulsion fondamentale de l'être humain et que celui-ci cherche à obtenir le plus de plaisirs sensuels possible et à éviter la douleur.


De nos jours, la société manifeste encore un certain nombre de préjugés à l'égard de la sexualité de l'enfant, comme si les deux concepts d'enfance et de sexualité s'excluaient mutuellement. Chez plusieurs adultes, le malaise provient vraisemblablement de l'idée que l'expérience du plaisir et de la sensualité est malsaine pour l'enfant. Une majorité de gens croit d'ailleurs que les activités sexuelles et l'intérêt pour la sexualité ne commencent pas avant la puberté, au moment de l'acquisition de la maturité sexuelle. De plus, nombre de parents ont l'impression que de parler de sexualité à leurs enfants risque d'accélérer leur vieillissement, de les corrompre et de détruire leur naïveté. En outre, il n'est pas impossible dans un dialogue sur la sexualité avec l'enfant, de transposer ses propres jugements en rapport avec la sexualité, d'inclure dans la communication ses propres craintes, sa propre culpabilité et ses angoisses, faisant ainsi obstacle à l'épanouissement sexuel de l'enfant.


Au-delà des croyances et des préjugés, il est pourtant scientifiquement admis aujourd'hui que l'enfant présente certaines manifestations physiologiques de l'excitation sexuelle dès la naissance, voire avant. Il est mentionné dans la littérature que durant leur vie intra-utérine, les garçons ont des érections et que les filles présentent des signes évidents de lubrification vaginale et d'érection clitoridienne. Ces observations ont été confirmées par des examens aux ultrasons au moment de la naissance et peu après. Il est donc important de bien prendre conscience de la réalité d'une sexualité infantile, avec ce qu'elle comporte en matière de besoins propres à chaque période de la vie.


Même si ces observations scientifiques sont encore relativement peu nombreuses, elles révèlent chez l'enfant l'existence de certaines réactions physiologiques et de divers comportements qui participeront au développement de sa sexualité. C'est le cas notamment de l'excitation génitale spontanée et de la masturbation, de la découverte de la similitude et de la différence des corps lors des jeux sexuels et de l'exploration de ses pairs, de l'attirance envers les autres, des fantasmes sexuels, voire d'une capacité de ressentir un sentiment amoureux.


Les étapes du développement sexuel : comment s'y repérer ?


Si le développement sexuel est caractérisé par un certain nombre de constantes, le rythme auquel l'enfant se développe sur le plan sexuel est variable d'un enfant à l'autre. Ce sont des facteurs internes et externes qui nous font parcourir des trajectoires marquées par les mêmes étapes. La croissance physique et l'évolution psychomotrice, le développement de la conscience de soi et l'établissement des premiers liens d'affection font partie de ces constantes.


Le développement sexuel se caractérise par l'acquisition de l'identité de genre (ou de l'identité sexuelle), sur les plans : biologique, social et personnel. Le jeune enfant apprend graduellement à se percevoir comme un être séparé sexué, et ce, aussi bien à travers l'expérience de son propre corps qu'à travers les attitudes provenant de son environnement familial et social. L'image corporelle que l'enfant acquiert progressivement constitue une composante importante de son identité. En outre, la nature de ses relations avec ses proches, au sein de sa famille et à l'école, contribue à consolider son identité, tout en expérimentant différents modes d'interactions avec les autres. L'enfant apprend ainsi à répondre aux attentes sociales inhérentes aux comportements appropriés que la société attend d'un garçon ou d'une fille. Enfin, en combinant ses contacts avec la sexualité (exploration, question) avec les attitudes sociales à l'égard de la sexualité, l'enfant établit un premier schème de référence qui jouera un rôle déterminant dans sa sexualité future. L'acquisition de l'identité est donc marquée par l'influence combinée de deux processus intégratifs : l'intégration psychique, centrée sur le soi, et l'intégration sociale (interpersonnelle et socioculturelle), ouverte sur l'extérieur. L'association de ces deux processus permet à l'enfant de se socialiser et de se personnaliser.


L'identité de genre


L'évolution cérébrale et le développement intellectuel qui en résulte, la création des premiers liens affectifs du nourrisson et la confiance qui l'accompagne permettent à l'enfant d'établir de distinction fondamentale. La première, connue sous le nom d'individuation, débute à l'âge de six mois et amène le bébé à comprendre qu'il est un être distinct du monde extérieur. La seconde est d'ordre sexuel. Elle s'amorce entre 18 et 36 mois, soit au moment de la première enfance, et se termine vers cinq ou six ans. C'est pendant cette période que l'enfant forme ce qu'il est convenu d'appeler son identité de genre. Cette expression désigne une phase particulièrement importante au terme de laquelle l'individu acquiert le sentiment d'appartenance à un sexe, dans une société donnée. Cette prise de conscience de l'appartenance à l'un ou l'autre sexe est généralement acquise vers trois ans, âge qui correspond au stade phallique de la théorie psychosexuelle de Sigmund Freud.


L'identité de genre s'acquiert en quatre étapes successives.


La première étape, dite de conscience, est généralement franchie avant 24 mois. L'enfant réalise alors que son entourage lui appose l'étiquette « fille » ou « garçon » et que le monde, humain et animal, se divise effectivement en deux catégories ou de genres universels : le genre masculin et le genre féminin. Au cours de cette période, l'enfant commence à apprendre la différence physique entre les deux genres. Entre 9 et 12 mois, les bébés commencent à distinguer le visage des femmes de celui des hommes.


La deuxième étape se manifeste entre deux et trois ans. L'enfant va alors un peu plus loin dans son développement et réalise rapidement que son corps appartient à l'un des deux sexes. C'est l'identification du genre à l'issue de laquelle il est en mesure de différencier aisément son sexe ainsi que celui des autres. Il n'est toutefois pas encore pleinement conscient du rôle des organes génitaux, dans la détermination du sexe. Celle-ci repose en effet sur les divers critères utilisés, comme la longueur des cheveux ou le type d'habillement (robe, pantalon, etc.). Sur une photo, il peut maintenant distinguer aussi bien les femmes des hommes et les garçons des filles. Il commence ses apprentissages sociaux des conduites attendues des rôles masculins et féminins.


Vient ensuite la troisième étape, qui s'étend entre l'âge de trois et cinq ans. C'est celle de la stabilité du genre. L'enfant conçoit alors le genre, ou le sexe anatomique, comme un fait permanent pour la vie, c'est-à-dire que son sexe est le même que celui qu'il avait quand il était bébé et qu'il sera le même quand il sera adulte.


C'est finalement entre cinq et six ans que survient la quatrième et dernière étape de l'identité de genre, celle de la consolidation (ou constance du genre). L'enfant renforce alors son sentiment d'appartenir au sexe masculin ou au sexe féminin qui germe en lui. Il passe ainsi d'une connaissance d'appartenance physique au sentiment d'appartenance psychologique. L'enfant comprend dorénavant que le sexe d'une personne n'est pas affecté par un simple changement de parure (maquillage, bijoux, coiffure, vêtements, etc.) ou d'activités (loisirs, métiers, tâches quotidiennes, etc.).


Récapitulatif :


Vers deux ans, les enfants identifient correctement le sexe des autres, mais sans pouvoir expliquer la différence. Ils utilisent des mots familiers pour désigner les organes sexuels (zizi, pipi, etc.).


Vers trois ans, les enfants expriment l'identité de genre par des caractéristiques culturelles (vêtements, cheveux, etc.).


Vers quatre ans, les enfants ont une vague de compréhension de la croissance intra-utérine et de la naissance (perception du rôle de la mère).


Vers cinq ans, les enfants expliquent l'identité de genre en se basant sur les différences génitales.


Enfin, à six ans, les enfants ont une connaissance de l'accouchement par voie normale ou par césarienne (perception du rôle de la mère).


L'enfant et son intérêt pour la différence sexuelle


Vers trois et quatre ans, l'enfant est généralement en mesure de remarquer le peu de ressemblance entre une vulve et un pénis, mais il ne semble pas fasciner outre mesure par cette constatation, comme s'il n'accordait pas d'importance envers cette différence. Il peut cependant trouver bizarre le peu de ressemblance physique entre les garçons et les filles pour une chose qui, croit-il, ne sert qu'à « faire pipi ». Ce n'est, en fait, qu'avec la consolidation de l'identité de genre, vers cinq ou six ans, que l'enfant prend réellement conscience de la différence anatomique entre les organes génitaux masculins et féminins, qui suscite une curiosité grandissante.


Plusieurs comportements témoignent d'ailleurs de l'intérêt accru que l'enfant porte à la région génitale et à celle du bassin. Les enfants posent des questions de plus en plus précises sur les fonctions anatomiques. Il se transforme même en anatomiste méticuleux et profite de toutes les occasions pour observer le corps des autres et le comparer avec le leur, et ce, peu importe leur sexe. Les jeux « d'exploration » qu'ils pratiquent à la maison, à la garderie ou ailleurs, deviennent, par conséquent, un prétexte pour satisfaire leur curiosité. Jouer « au Docteur » ou « au papa et à la maman », baisser sa culotte dans un placard, sous une couverture ou à l'intérieur d'une cabane improvisée demeure probablement les jeux les plus fréquents. Ces activités se rapprochent parfois du comportement sexuel des adultes, notamment lorsque des enfants « font l'amour » tout habillé et étendu l'un sur l'autre ou s’adonne mutuellement à des contacts génitaux. Certains deviennent voyeurs et cherchent à surprendre d'autres enfants ou des adultes dans leur bain, aux toilettes ou en train de se déshabiller. Les dessins réalisés au cours de cette période sont également révélateurs de leur curiosité.


Les enfants de cet âge semblent du reste prendre plaisir à entretenir et à accentuer les différences sexuelles. Au premier abord, cette attitude qui peut ressembler à du sexisme ou à du chauvinisme de leur part, n'est en fait qu'un besoin de bien se démarquait de l'autre sexe. Sachant maintenant à quel « clan » ils appartiennent, ils désirent afficher clairement leur couleur. Or, une des meilleures façons d'y parvenir consiste à adopter les rôles sexuels, observés autour d’eux et auxquels ils sont exposés depuis leur naissance. Une « guerre des sexes » s'amorce : « les filles, les guenilles, les gars, les soldats » ; « les filles, les gentilles, les garçons, les pas-bons ». Garçons et filles partagent alors moins leurs jeux, spécialement s'ils nécessitent de la robustesse ou se déroulent dans un climat de compétition (football, rugby, etc.). Les garçons refusent ou méprisent la présence des filles dans leur équipe et redoute de passer aux yeux des autres pour ridicule.


L'enfant subit inévitablement les conséquences psychologiques de sa découverte des sexes. Il perçoit alors sous un autre angle le monde environnant, notamment ses parents. Ayant saisi la différence génitale entre les hommes et les femmes, il prend conscience de la complémentarité des sexes du fait de la relation privilégiée existante entre sa mère et son père, puis entre les hommes et les femmes. Il en arrive ainsi à comprendre le principe du couple, avec toutes les variantes que l'on peut imaginer quant au type de couple qu'il côtoie. À partir du moment où l'enfant a le sentiment d'appartenir à un sexe et sait qu'il est appelé à devenir physiquement comme son père ou sa mère, il établit automatiquement un lien entre la ressemblance anatomique et la ressemblance comportementale. Il est donc habituel que le garçon s'identifie généralement à son père et la fille, à sa mère. C'est la période de l'identification sexuelle et du développement du rôle sexuel. Un rôle est un ensemble d'attentes sociales qui entraînent une série de comportements déterminés. Le rôle sexuel consiste à adopter, sans nécessairement les choisir ou les vouloir, les gestes, les attitudes, les opinions, les valeurs, les intérêts et parfois les préjugés et les peurs d'une personne envers laquelle un individu éprouve beaucoup d'affection, d'admiration ou de respect. Le rôle sexuel renvoie aux comportements, aux attitudes et aux traits de personnalité qu'une société définit comme masculin ou féminin, le rôle sexuel se présente comme l'expression publique de l'expression intérieure. Le rôle sexuel sert donc à exprimer l'identité. Une personne s'identifiant à une autre a par conséquent fortement tendance à utiliser l'imitation dans le but évident de ressembler en tout point à l'individu perçu comme un modèle. Mais, bien sûr, il faut comprendre ici que l'identification est inconsciente. Ce qui est conscient, c’est l'imitation.


Le garçon veut alors agir en homme comme son père et en fonction de l'image qu'il se fait des hommes en général, ou d'un modèle masculin. De son côté, la fille désire agir en femme comme sa mère et en fonction de l'image qu'elle se fait des femmes en général, ou d'un modèle féminin. L'observation et l'apprentissage rapide des rôles sexuels rattachés à chacun de ces modèles motivent l'enfant. Le garçon bricole comme papa et la petite fille prend soin des bébés comme maman. Pour l'enfant, le parent de son sexe se métamorphose fréquemment en « gourou » tout-puissant. On assiste alors, entre enfants, à d'extraordinaires batailles, chacun et chacune comparant son modèle à celui des autres : « mon père est plus fort que le tien », « ma mère était la meilleure de sa classe », « mon père est le meilleur bricoleur », « ma mère est la meilleure infirmière de son hôpital », etc. En contrepartie, on observe d'après des études scientifiques que dans les familles monoparentales où la mère assume les rôles dits féminins et masculins, les enfants ont moins tendance à adopter des comportements traditionnels associés à leur sexe. Une autre étude scientifique a montré que les enfants vivant avec un père actif dans les tâches ménagères et les soins étaient moins conscients des stéréotypes sexuels et s'engager autant dans des jeux masculins que féminins.


La culture dans laquelle baigne l'enfant représente ainsi un facteur d'influence de première importance. En effet, l'enfant constate graduellement que la société culturelle dans laquelle il vit diffuse un ensemble de stéréotypes ou de clichés et des comportements typiques et peu flexibles propres à chacun des sexes. Ces stéréotypes sont répandus plus ou moins subtilement par les émissions de télévision, les vidéos, les messages publicitaires, les sports, les journaux, voire les contes pour enfants. En outre, les pressions constantes exercées par les membres de la famille et par l'entourage facilitent également l'acquisition de ses rôles sexuels. Les parents ont effectivement des attentes à l'égard de leurs enfants, ce qui les amène à conditionner ceci en encourageant les comportements désirés par des récompenses et en interdisant les comportements non désirés par des réprobations ou des punitions. Ainsi, les parents auraient plus tendance à ridiculiser les garçons qui jouent à la poupée ou qui adoptent des comportements efféminés.


Le processus d'identification sexuelle représente une étape reconnue en psychologie, mais son origine, et surtout son interprétation, est loin de faire consensus. Selon Sigmund Freud, qui fut le premier à décrire le phénomène, l'identification sexuelle survient un peu en désespoir de cause chez l'enfant après avoir tenté en vain d'éliminer le parent rival, ou du moins de l'évincer. Il cherche alors à s'approprier entièrement l'affection de l'autre parent pour lequel il éprouve un désir sexuel. Cette rivalité à l'égard du parent du même sexe et l'attirance sexuelle pour le parent de l'autre sexe constituent ce que Sigmund Freud a qualifié de complexe d'Œdipe [1] chez le garçon est complexe d'Électre [2] chez la fille.


[1] - Le personnage d'Œdipe est tiré d'une pièce tragique écrite par le poète grec Sophocle en 403 avant J.-C. Dans cette tragédie classique, Œdipe, fils de Laïos et de Jocaste, tente en vain d'éviter l'oracle prédisant qu'un jour il tuera son père et épousera sa mère.


[2] - Électre fut la fille de Clytemnestre et d'Agamemnon, chef des Grecs pendant la guerre de Troie. Complice de son frère Oreste, elle assassina sa mère pour venger le meurtre d'Agamemnon que cette dernière avait tué de connivence avec son amant.


Selon ce psychanalyste, l'identification sexuelle représente une issue saine et souhaitable à ce complexe. L'enfant comprendrait qu'il ne peut vaincre l'adversaire de taille qu'est son père ou sa mère et résoudrait en quelque sorte le conflit en se ralliant à lui. Par exemple, en agissant de la sorte, le garçon fait d'une pierre trois coups. D'abord, il affirme sa masculinité ; ensuite, il s'assure de l'amour, de l'estime et de la protection de son père ; enfin, il accroît l'affection que sa mère lui porte, tout en favorisant ses chances de la séduire, mais sans que cette séduction ait une connotation génitale ou d'excitation. Ainsi, dans le complexe d'œdipe, le garçon est rassuré quant à l'affection de sa mère (et ultérieurement celle des femmes qu'il rencontrera) puisqu'elle l'a nourri et soigné, mais il cherche à se rassurer quant à sa masculinité en s'identifiant à son père. Dans le complexe d'Électre, la fillette est rassurée quant à sa féminité (identification à sa mère), mais elle cherche à se rassurer quant à l'affection de son père (et ultérieurement celle des hommes) en cherchant à le séduire. Encore ici, elle ne fait que tester son identité féminine, mais non de façon génitale.


Certains psychologues, psychiatres et sexologues acceptent la théorie freudienne concernant la relation de l'enfant avec ses parents au moment de l'identification sexuelle, mais d'autres adoptent une attitude plus critique. Déjà à l'époque de Freud, plusieurs de ses disciples, comme Carl Jung et Alfred Adler s'étaient distancés de ce concept en critiquant l'importance accordée à la dimension sexuelle. Plus récemment, le mouvement féministe a dénoncé la vision masculine de la psychanalyse en matière de sexualité féminine. Pour les féministes, comme pour la plupart des psychologues, le principe freudien selon lequel la fille doit passer par la masculinité (désir du pénis, avoir un enfant de lui) pour accéder à la féminité est loin d'être évident. Certains remettent en question la validité du complexe d'œdipe dans le contexte social actuel, en particulier au regard des nouvelles formes de familles (monoparentalité, familles adoptives, familles recomposées, homoparentalité.)


La seconde enfance coïncide avec le moment où l'univers social de l'enfant s'élargit. En entrant à l'école, il accroît considérablement ses relations interpersonnelles. Ainsi, il n'est pas rare que l'enfant revienne de l'école tout heureux d'avoir été remarqué ou, mieux encore, d'avoir été choisi pour être le petit ami d'un ou d'une camarade de classe. Les deux complices vivent alors une aventure amoureuse, généralement brève, l'un et l'autre s'invitant à participer à leur anniversaire ou à venir jouer à la maison. Certains s'amourachent de leur institutrice et tentent de se faire remarquer par celle-ci. D'autres nourrissent une attirance discrète et à peine avouée pour un cousin ou une cousine. À mesure que l'idée de la séduction et le désir de plaire s'accentuent, les enfants se préoccupent davantage de leur apparence physique. Ils deviennent plus exigeants pour ce qui est de leur habillement et de leur coiffure. C'est un phénomène de conformité au groupe et à ses normes. Tout semble se dérouler comme si filles et garçons entamaient lentement une seconde étape consistant à apprendre comment se comporter avec l'autre sexe, ou vis-à-vis de leurs camarades du même sexe pour les enfants éprouvant déjà des pulsions homosexuelles. Les filles regardent les garçons du coin de l'œil et les garçons en font autant avec les filles. Les premiers contacts intersexuels se manifestent souvent d'une façon plutôt agressive, les tiraillements et les bousculades n'étant, en fait, que des prétextes maladroits pour se toucher. Par ailleurs, les taquineries parfois blessantes envers les enfants qui manifestent un peu trop leur attachement ne manquent pas. Comme on le verra plus loin dans ce chapitre, garçons et filles se regroupent donc et se surveillent de loin. Ce regroupement les sécurise et les incite à observer et à « exercer » les stéréotypes masculins et féminins qu'ils ne tardent pas à afficher eux-mêmes. Ce processus d'adoption d'attitudes et de comportements propres à son sexe, associés aux comportements d'attirance manifestés pour l'un ou l'autre sexe, complète ce qu'il est convenu d'appeler l'orientation de genre.


Le sexe d'un individu affecte donc sa vie, et ce, bien avant qu'il ne soit lui-même conscient de son appartenance sexuelle. Les garçons et les filles ne sont pas socialisés de la même façon. En effet, dès la naissance, les parents et l'entourage adoptent, souvent à leur insu, une série de comportements en fonction du sexe de leur enfant, ou de la conception qu'ils se font de chacun des sexes. Cet ensemble d'attitudes et d'attentes forme ce que l'on appelle la proclamation du sexe. Il en résulte des agissements plus ou moins différents selon que les parents s'adressent à leur fille ou à leur garçon. Ces comportements transparaissent dans la façon dont ils prennent l'enfant, le regardent, le touchent, l'habillent, le récompensent ou l'amusent. Ils n'emploient pas non plus les mêmes mots pour décrire leur enfant selon qu'il s'agit d'un garçon ou d'une fille. Ainsi, les garçons sont plus souvent grands, forts, robustes, avec des traits marqués, alors que les filles sont plus souvent belles, mignonnes, gentilles, douces, petites et avec des traits fins. De tels comportements sont cependant susceptibles de se perpétuer en amenant subtilement et graduellement cet enfant à percevoir à son tour différemment chacun des sexes et à agir en conséquence. Une recherche effectuée sur des enfants de 2 à 7 ans soutient ce point de vue. En effet, à mesure qu'elles progressent en âge, les filles se livrent plus fréquemment à des activités à caractère social et en relation avec les tâches domestiques, alors que les garçons montrent davantage de comportements d'action, d'exploration et de recherche d'informations.



Résumé des caractéristiques sexuelles des enfants selon leur âge


• De la naissance à l'âge de deux ans


- Les garçons ont des érections depuis les dernières semaines de la période fœtale et peu après la naissance.


- Les filles ont des lubrifications vaginales et des érections clitoridiennes peu après la naissance.


- Garçons et filles explorent leurs organes sexuels.


- Ils éprouvent du plaisir à toucher leur corps incluant les parties sexuelles.


- Ils peuvent obtenir un orgasme en frottant manuellement leurs organes sexuels ou en se frottant sur un objet, sur un jouet ou sur un vêtement.


- Ils commencent à développer une attitude positive ou négative envers leur propre corps.


- Ils apprennent des comportements spécifiquement attendus des adultes envers le genre masculin ou féminin.


• De l'âge de trois ans à quatre ans


- Ils observent leurs organes sexuels et ils éprouvent du plaisir à l'auto stimulation.


- Ils peuvent toucher leurs organes sexuels quand ils sont en public.


- Ils deviennent curieux vis-à-vis de l'autre sexe et des différences physiques.


- Ils cherchent à observer les personnes quand elles sont nues.


- Ils sont portés à toucher les seins de leur mère ou ceux d'autres femmes.


- Ils peuvent pratiquer fréquemment des jeux sexuels avec leurs frères et sœur ou avec d'autres enfants.


- Ils apprennent des mots sexuels incluant des mots vulgaires.


- Ils acquièrent des croyances claires au sujet de l'un ou l'autre sexe, de même qu'au sujet de la provenance des bébés.


• De l'âge de cinq ans à huit ans


- Ils sont en mesure de comprendre ce qui est acceptable ou non de la part des adultes et de distinguer quels adultes sont à l'aise avec le sujet de la sexualité.


- Ils utilisent un vocabulaire sexuel pour taquiner, provoquer, blaguer ou choquer leurs amis.


- Ils peuvent entreprendre des jeux sexuels avec d'autres enfants aussi bien de l'autre sexe que du leur.


- Ils peuvent continuer à chercher du plaisir à l'auto stimulation.


- Ils continuent de chercher à observer les personnes quand elles sont nues.


- Ils peuvent développer une pudeur face à l'exposition de leur propre corps.


- Ils démontrent un grand intérêt en ce qui concerne les rôles et les stéréotypes masculins et féminins.


- Ils sont sensibles aux influences des autres notamment en ce qui concerne la sexualité.


• De l'âge de 9 à 12 ans


- Il continue à avoir des jeux sexuels, tout en se livrant de plus en plus

à des activités à caractère érotique.


- Ils ont tendance à rechercher la présence d'un groupe d'amis du même sexe.


- Ils taquinent et repoussent ceux de l'autre sexe.


- Ils se sont sensibles aux influences extérieures et peuvent éprouver des attirances ou même un béguin.


Source : adapté d'un texte publié sur Internet par

le Toronto public Health, "Sexual development of young children".



Il faudrait encore aborder des notions importantes pour englober la sexualité de l’enfant, comme la découverte du corps et les premières expériences sexuelles, le début de l’auto-érotisme, la masturbation, les jeux sexuels avec les autres enfants et la notion d’attachement.


Vous trouverez ci-après des éléments bibliographiques qui vous permettront d’aller plus loin dans votre questionnement au sujet de la sexualité de l’enfant.



Bibliographie


Pour aller plus loin dans la compréhension de la sexualité de l’enfant :


HAYEZ J.-Y., La sexualité des enfants, Odile Jacob, 2 004.

MONTAIGU F.A., La peau et le toucher, Paris, Seuil, 1 979.

THIRION M., Les compétences du nouveau-, Albin Michel.




Enfance

« La recherche scientifique en matière de sexualité infantile n’offre que peu de données »

« Avec l'arrivée de la psychanalyse au tournant du XXe siècle, Sigmund Freud ébranla le monde scientifique lorsqu'il déclara que l'enfant est un être sexué et sexuel »


« Une majorité de gens croit d'ailleurs que les activités sexuelles et l'intérêt pour la sexualité ne commencent pas avant la puberté, au moment de l'acquisition de la maturité sexuelle »


« l'intégration psychique, centrée sur le soi, et l'intégration sociale ouverte sur l'extérieur.

L'association de ces deux processus permet à l'enfant de se socialiser et de se personnaliser  »


« La deuxième étape se manifeste entre deux et trois ans.

L'enfant va alors un peu plus loin dans son développement et réalise rapidement que son corps appartient à l'un des deux sexes »


« Les enfants posent des questions de plus en plus précises sur les fonctions anatomiques.

Il se transforme même en anatomiste méticuleux et profite de toutes les occasions pour observer le corps des autres et le comparer avec le leur, et ce, peu importe leur sexe »

« Le garçon veut alors agir en homme comme son père et en fonction de l'image qu'il se fait des hommes en général, ou d'un modèle masculin. De son côté, la fille désire agir en femme comme sa mère et en fonction de l'image qu'elle se fait des femmes en général, ou d'un modèle féminin »

« À mesure que l'idée de la séduction et le désir de plaire s'accentuent, les enfants se préoccupent davantage de leur apparence physique. Ils deviennent plus exigeants pour ce qui est de leur habillement et de leur coiffure.


C'est un phénomène de conformité au groupe et à ses normes »

« Ils observent leurs organes sexuels et ils éprouvent du plaisir à l'auto stimulation »

« Ils utilisent un vocabulaire sexuel pour taquiner, provoquer, blaguer ou choquer leurs amis »