L’apprentissage social d’Albert Bandura

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L’apprentissage social d’Albert Bandura

Enfance et Parentalité
Publié par Pascal Patry dans Psychologie · 6 Septembre 2021
Tags: Psychologie
L’apprentissage social d’Albert Bandura

C’est Albert Bandura qui est à l’origine de la théorie de l’apprentissage social, laquelle est source d’enrichissement majeur en psychologie, mais également dans d’autres disciplines, comme la politique, la pédagogie, la sociologie, etc.

Albert Bandura est né en 1925 au Canada à Alberta. De parents émigrés d’Europe de l’Est, il étudie la biologie à l’université de Vancouver et découvre par hasard les cours de psychologie. Il s’oriente vers cette discipline et obtient un doctorat qui lui permet de rejoindre la prestigieuse université de Stanford en Californie.

Il commence alors sa carrière comme enseignant chercheur avant de devenir professeur en 1954. C’est alors qu’il développe sa théorie sociocognitive en travaillant avec d’autres chercheurs issus de divers domaines tels que la psychiatrie, la cardiologie et la médecine. C’est en 1977 qu’il publiera sa théorie sur l’apprentissage social, fruit d’une vingtaine d’années de recherche. L’auto efficacité est un des deux grands concepts qu’il a développés.

Dans sa théorie de l’apprentissage social, renommée plus tard « théorie sociocognitive », Albert Bandura développe la notion centrale de causalité triadique réciproque.

Il démontre en effet, que le fonctionnement psychologique s’explique par les interactions existantes entre trois facteurs, chaque facteur influençant les deux autres et réciproquement. Ces trois facteurs sont la personne, le comportement et l'environnement :

La personne avec ses pensées (cognitions), avec ses affects et avec ses mécanismes biologiques. Pensées, affects et fonctionnement biologique permettent à une personne de porter un regard sur elle-même et sur les événements du monde extérieur. La façon de porter un regard sur soi-même va directement concerner le sentiment d’efficacité personnelle, déterminer les buts, conditionner les réactions affectives envers soi-même, etc.

Le comportement qui concerne les actions qu’une personne réalise.

L’environnement social et sociétal dans lequel une personne se trouve. Cet environnement peut être imposé ou subi, mais la personne peut aussi le choisir ou le construire. Prendre en compte l’environnement met l’accent sur l’idée qu’une personne est en partie maîtresse d’elle-même et ne fait pas que subir son environnement.

On peut comprendre qu’il y a réciprocité entre ces trois facteurs est qu’ils s’influencent chacun deux à deux :

La personne va agir sur son environnement et les effets de ses actions sur l’environnement vont à leur tour modifier la personne. Il en va de même entre comportement et environnement, et entre personnes et comportements.

Ces trois facteurs vont s’influencer respectivement et de façon variable dans le temps, en fonction des diverses situations.

La théorie d’Albert Bandura prend en considération l’importance des cognitions (c’est-à-dire des pensées), lesquelles sont incluses dans le premier facteur « personne ».

La personne anticipe les événements en fonction de ce qui est filtré dans sa mémoire, les interprétations personnelles qu’elle fait, toutes sortes de biais et de reconstruction personnelle qui transforme l’expérience « brute » de l’environnement en un comportement donné.

Ce comportement sur l’environnement aura un retour sur la personne et impactera son système de pensée, ses affects et ses mécanismes biologiques (respiration, rythme cardiaque, etc.).

Albert Bandura développera également trois autres concepts fondamentaux qui sont utiles dans la pratique psychothérapeutique :

L’apprentissage vicariant ou modelage (Modeling). Il s’agit d’un apprentissage par observation active et par imitation. Chacun d’entre nous apprend de nombreux comportements et conduites sociales en observant les personnes de l’environnement, lesquels vont être pris pour « modèles » (d’où le terme « modelage »).

Cet apprentissage va au-delà de la simple imitation. Nous observons d’autres personnes directement (collègues de travail, famille, etc.) ou indirectement (télévision, journaux, etc.), et nous en faisons notre propre interprétation et nous produisons un comportement s’en inspirant, mais bel et bien différent.

En quelque sorte, nous nous « approprions » un modèle et nous l’intégrons à nos patterns comportementaux préexistants. Cette notion est importante en pratique psychothérapeutique quotidienne.

Par exemple, dans la thérapie par exposition de l’agoraphobie, il arrive que le thérapeute accompagne son patient dans les transports en commun, les magasins, ou toute autre situation anxiogène : le patient va alors apprendre à réaliser le comportement souhaité par modelage sur le comportement du thérapeute (en observant le thérapeute réagir sans stress excessif dans ces situations).

L’autodirection qui prend en considération qu’une personne est capable d’autorégulation, de réflexion sur soi, qu’elle est capable d’initiatives personnelles (proactivité) et non pas uniquement qu’elle est comme gouvernée par les événements externes.

En effet, une personne peut établir un contrôle sur elle-même : un contrôle sur son action, sur sa pensée, sur sa motivation, etc. cependant, elle n’est jamais toute-puissante ou totalement autonome.

Il y a toujours des interactions complexes entre la personne, son environnement (qu’elle ne contrôle toujours) et le comportement qu’elle manifeste. Le comportement manifesté n’est pas toujours contrôlé en totalité parce que lui-même obéit à des conditionnements. En effet, comme nous l’avons vu le comportement dépend de la personne et de l’environnement, laquelle personne à des pensées (cognitions), des affects et des mécanismes biologiques.

L’autoefficacité (ou efficacité personnelle). Elle correspond à la croyance qu’une personne ou un groupe a dans sa capacité d’agir pour influencer certains événements.

Ces événements concernent la personne en particulier et dans certains domaines précis. Albert Bandura considère l’efficacité personnelle comme un facteur extrêmement puissant dans l’accomplissement humain et la motivation : « si une personne (ou un groupe de personnes) estime ne pas pouvoir produire de résultats satisfaisants dans un domaine, elle n’essaiera pas de les provoquer ».

• Il existe quatre sources du sentiment d’efficacité personnelle :

L’expérience active de maîtrise personnelle : il s’agit du vécu de réussite dans une action entreprise, pour peu qu’elle ne soit pas trop facile. C’est la source principale du sentiment d’autoefficacité. À l’inverse, les échecs affaiblissent l’autoefficacité.

L’expérience vicariante qui est l’observation d’autres personnes venant influencer le sentiment d’efficacité personnelle dans des situations similaires, selon que les personnes observées réussissent ou échouent. Les personnes les plus similaires (de même âge, de même sexe, de même culture, etc.) vont être celles qui influenceront le plus ce sentiment : « si quelqu’un de mon âge est aussi intelligent que moi peux le faire, pourquoi pas moi ? ».

La persuasion verbale : si d’autres personnes importantes de l’entourage expriment leurs croyances dans la capacité de la personne à effectuer une tâche, alors le sentiment d’autoefficacité sera renforcé.

Enfin, comme quatrième source du sentiment d’efficacité personnelle on trouve l’état émotionnel physiologique.

Au sentiment d’efficacité personnelle, Albert Bandura déduit trois types de renforcement (qu’il préfère appeler régulation du comportement) : le renforcement externe, le renforcement vicariant et l’autorenforcement.

Concernant le renforcement externe, il provient du fait que le comportement est régulé directement par des facteurs externes.

Concernant le renforcement vicariant, il s’agit que lorsqu’une personne, par observation de comportements dont il résulte soit une valeur positive soit une valeur négative aille les reproduire ou les éviter.

Enfin, l’auto-renforcement ou une personne peut anticiper certaines récompenses. Elle va donc focaliser son attention sur la recherche de modèles à imiter pour y parvenir.

Pour terminer, une citation d’Albert Bandura :

« La théorie de l’apprentissage social tente d’expliquer le comportement humain en termes d’interactions continues entre les déterminants cognitifs, comportementaux et environnementaux. C’est dans le processus du déterminisme réciproque que réside la possibilité pour les individus d’influencer leur propre destinée ainsi que les limites de l’autodirection. Une telle conception du fonctionnement humain ne fixe pas les individus dans des rôles d’objets dénués de tout pouvoir et entièrement à la merci des forces de l’environnement non plus qu’elle les établit comme des agents libres qui peuvent déterminer entièrement leurs propres devenirs. Les individus et leurs environnements sont des déterminants réciproques l’un de l’autre ».


Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

Source bibliographique :




                                                     



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